Cannes, un an plus tard…

Le 72e Festival de Cannes vient de dérouler son tapis rouge pour deux semaines intensives de séances cannoises, nuits blanches, files d’attentes et films en tout genre. Et au vu de la sélection cette année, vous avez raison de penser que je suis jalouse de ne pas y être (Xavier Dolan tu pourrais faire l’effort de venir quand je suis là quand même). Mais cette année – et surtout dans quelques jours -, marque surtout le souvenir de ce qui m’est arrivé l’année dernière sur la Croisette. Alors on inaugure ce tout nouveau blog avec une histoire pas hyper drôle (désolé d’avance) et surtout les répercussions qu’elle a eu par la suite.

On ne va pas revenir en long et en large sur cette histoire, si vous voulez en connaître tous les détails je vous mets ci-dessous le thread que j’avais fait quelques heures suivant mon agression. Des faits que j’avais également relaté dans un long article publié après le Festival que vous pouvez retrouver ici.

Non aujourd’hui j’avais envie de revenir sur les répercussions qu’on eu cette agression sur moi mais également aux alentours.

Ai-je le droit d’être une victime ?

L’une des premières remarques qui est apparue sur Twitter après avoir raconté ce qui m’est arrivé est ce tweet :

La bienveillance des gens qui m’ont soutenu était fabuleuse, la lâcheté et la bêtise des autres ont été compliqué à gérer pour ma part. Outre la peur constante qui s’était installée, la boule au ventre dès qu’un groupe d’individus marche dans ta direction, j’avais désormais l’étiquette de « victime » collée sur le front. Et le problème qu’on n’a visiblement pas le droit d’être une victime, on a pas le droit d’être une femme et de se plaindre, d’être une femme et d’avoir peur sans recevoir des remarques désobligeantes concernant le comportement qu’on a pu avoir ou la tenue qu’on a pu porter. À l’heure où j’écris ces lignes j’ai peur de publier cet article car j’anticipe déjà les critiques que je vais me prendre, parce que j’ai peur d’être traitée de victime, de vouloir attirer l’attention sur moi etc… Vous imaginez qu’on ai peur de devoir raconter notre histoire juste à cause des répercussions qu’elle peut avoir ?

Aujourd’hui ça fait donc un an que les faits se sont déroulés. Et pour anticiper les questions que je pourrais recevoir : ils étaient quatre et non cinq mais sur le coup j’étais perdue et je ne savais plus, il faisait nuit et je ne sais que vaguement à quoi ils ressemblent (même aujourd’hui s’ils étaient devant moi je ne les reconnaitrait pas) et enfin pourquoi je n’ai pas porté plainte ? Combien de fois on m’a jeté la faute parce que je ne suis pas allée porter plainte. Alors chacun gère à sa façon ce genre d’évènements, moi je suis quelqu’un qui ne parle pas, qui écrit beaucoup mais qui ne parle pas. Dites-vous que mes colocataires à Cannes ont découvert ce qui m’est arrivé à travers le thread car j’étais incapable – et je le suis encore aujourd’hui à l’exception d’une fois pour parler dans un documentaire d’une consoeur – de mettre des mots sur ce qui m’était arriver. Comme si peut-être ne pas en parler c’est faire comme si ça ne m’était pas réellement arrivé. Dans tous les cas il était inconcevable pour moi d’aller porter plainte, d’en parler et de « revivre » une seconde fois ce qui m’était arrivé. Et donc par extension de porter à nouveau cette étiquette de victime. Une étiquette que je déteste, autant que ce mot car je ne veux pas me considérer ainsi. Parce que je considère ce mot comme péjoratif, qu’il me donne l’impression d’être inférieure, d’être vulnérable et c’est tout ce que je déteste être.

Quid de l’après-Cannes ?

L’après-Cannes était tout aussi compliqué à gérer. Une perte incroyablement violente de confiance en soi, quasiment aucun article n’est sorti, je m’étais complètement remise en question. Et s’ils avaient raison ? Si j’étais vraiment mauvaise ? Si ce que je faisais ne servait à rien ? Si je n’avais aucun avenir là-dedans ? Les questionnements étaient constants, l’envie d’arrêter quasi permanente, le sentiment de l’imposteur toujours plus présent. Mais comme dirait le chanteur Renaud, toujours vivant, toujours debout. On oublie pas ce qui s’est passé, loin de là et cette date « anniversaire » est compliquée à gérer. D’ailleurs il y a toujours des cons pour en rire.

Aujourd’hui je refuse toujours d’afficher ce statut de victime ( j’entends déjà certains dire « Gnia gnia alors pourquoi tu fais cet article ?« ), je vis avec cette agression tous les jours en essayant toujours d’y comprendre le pourquoi du comment même si je n’aurais probablement jamais de réponse quant au pourquoi de ces attaques absolument gratuites. De là à dire que je vis dans la peur, non mais dans l’angoisse oui. L’angoisse permanente de faire un faux pas, de dire quelque chose qui n’irait pas, de donner un avis qui diffère de l’avis général, de parler tout simplement. L’article est sur le point d’être publié d’ici quelques heures et je doute toujours de sa pertinence, de ma pertinence, de son contenu. Est-ce que je fais bien d’écrire tout ça ? Est-ce que tout ceci ne va pas encore me retomber dessus ? Je ne le dis pas, je ne le montre pas mais cette agression je ne m’en suis toujours pas remise et est-ce que je m’en remettrais un jour ? On espère. En attendant on avance prudemment et surtout ça fait du bien d’en parler.

4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Ce que tu exprimes à travers cet article arrive tous les jours à beaucoup de monde, mais vu qu’on est mutu sur twitwi, être un soutien et être la dans ce genre de situation.

    Afficher ce statut de victime et en parler, tu en as le droit, faut appeler un chat un chat, et arriver à en parler comme tu le fais, c’est vraiment la meilleure des choses. Alors continue de te battre tous les jours contre cette armée de cons qui t’entourent, parle (du mieux que tu peux, personne ne va te forcer dans tous les cas) et vis ta vie, c’est surtout ça le plus important.

    Quoiqu’il en soit, je serai toujours là pour toi (physiquement ou non), je te lirai toujours et je te soutiendrai toujours aussi. Je ne serai pas le seul, et c’est aussi ça le plus beau dans cette histoire.

    Longue vie à Loud & Free, longue vie à la libre parole, et longue vie à toi, et à cette belle plume !

    Aimé par 1 personne

    1. Margaux dit :

      Merci pour ton soutien ❤️

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  2. Elo dit :

    Hello Margaux,
    Je ne te connais pas mais félicitation d’avoir trouvé la force et le courage de témoigner de l’agression dont tu as été victime.
    Ces lâches en t’insultant n’ont fait que projeter leurs propres insécurités et tu n’as absolument pas à considérer le moindre mot qu’ils t’ont adressé.
    Je sais que c’est dur, que ça prendra du temps, mais tu finiras par aller mieux, courage. ✨

    Aimé par 1 personne

    1. Margaux dit :

      Merci beaucoup pour ton message ❤️

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